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Publié le jeudi 31 juillet 2003

Jeudi 31 juillet 2003
Relecture

Un peu secoué par une perte de contrôle sur mon texte dès son enregistrement, puis du fait qu’il paraît en page d’accueil de Monblogue.com, j’ai envie d’examiner maintenant le double impact sur mes émotions.  Fait banal, auquel tout carnetier est exposé.  J’ignore cependant comment d’autres accueillent l’événement, n’ayant rien lu à cet effet. J’aimerais vider cette question, battre ce fer avant qu’il refroidisse, en vue d’en tirer des leçons pour moi, si possible.  Ne serait-ce qu’en essayant d’identifier et canaliser les turbulences latentes.  En regardant l’événement de face.  Faire la chasse à d’invisibles fantômes levés de nulle part, qui s’agrippent furieusement après chaque exercice d’écriture : un Ghostblaster.

Enregistrement.  C’est pour moi chaque fois l’équivalent d’un premier plongeon dont la hauteur se mesure à la longueur du texte, au questionnement constant sur sa pertinence, tant qu’il n’est pas achevé, enfin au temps pris pour le composer, rédiger et corriger phrase par phrase réajustée durant son élaboration.  Donc constamment remanié chemin faisant, parfois amorcé sans plan d’ensemble, jusqu’à ce que j’entrevoie une mise en forme : dans carnet miroir, c’était l’échappatoire du choix de 3 conditions générales, qu’il me restait à examiner.

 

Ces opérations préalables d’écriture, comparables à l’accès au tremplin, drainent une somme d’énergie dont l’épuisement s’accompagne de l’impression d’avoir en main un brouillon plus ou moins inachevable, que je livre finalement en vrac à l’enregistrement, pour le meilleur ou le pire.  Bref, je plonge les yeux fermés, sur l’impulsion d’un «advienne que pourra».

 

À la différence d’un plongeon réel, mon détachement du texte maintenant livré aux regards virtuels n’a pas l’effet d’une presque immédiate entrée dans l’eau réelle.  Le délai d’attente du contact avec l’eau virtuelle est un temps d’émotion d’autant plus angoissant qu’éprouvé passivement et abstraitement.  De quoi aura l’air mon produit.  Comment sera-t-il reçu, s’il ne reste ignoré, ce que je souhaite parfois durant un instant.  Comment saurai-je vraiment à quoi m’en tenir.  Autant de questions laissées en suspend et qui se bousculent en moi tant que ballotte, dans la tombée vertigineuse, ce sentiment intérieur d’être en perte de contrôle d’un produit inachevé.  Je sais que rien ne vaut une action de diversion pour échapper sur le champ à pareille obsession.  Mais puisqu’elle revient au moment d’écrire à nouveau, j’ai choisi de l’aborder au plan réflexif, d’ailleurs déjà entamé dans carnet miroir.

 

Ce détour réflexif, long et lent, m’est devenu familier.  À quoi tient-il ?  Je l’ignore encore; peut-être à des lacunes personnelles, à un narcissisme dégonflé.  Je l’adopte, souvent à mon insu, pour aborder divers problèmes où je suis impliqué.  Ce qui contrevient à un travail d’équipe où prévalent rendement et courts délais.

 

Alors ce curieux trac, postérieur à l’action d’écrire, n’intéresse-t-il qu’une minorité ?  Peut-être bien.  Le contexte composite et les fragilités de chacun me semblent ici deux paramètres marqueurs, que je rattache aux points a) et b) du carnet miroir.  Il se manifeste chez moi par une perturbation assez intense du processus de relecture à chaud d’un texte fraîchement enregistré.  Au point que cette relecture est saccadée, ponctuée par divers scrupules, parfois fondés et parfois non fondés, dans la mesure où ils s’estompent quand le calme intérieur est rétabli, ce qui peut me prendre jusqu’à un jour ou deux.  C’est long, trop à mon goût.

 

Je dis scrupules.  Devrais-je parler  d’autoaccusation, d’un questionnement du soi précaire, mal assuré.  Je vois là des ingrédients d’une attitude réfléchie, portée vers l’autoréférence psychologique ou tournée vers soi, qui ouvrirait des portes aux profondeurs d’un inconscient envahisseur anarchique étalé sur la place publique. 

 

D’où l’inconfort d’une perte de contrôle où je me sens déjanté.  Pourquoi survient-elle à ce moment précis, durant la relecture, et non pas durant le processus d’écriture ?  Je l’ignore encore.  Mais je distingue là deux versants : la relecture, qui précède l’écriture.  Si l’écriture en question est commandée indûment de l’extérieur, il peut y avoir stress, anxiété, beaucoup plus rarement angoisse ; car assez tôt je me désengage du contrat, trouvant la charge insupportable, ou identifiant enfin une surcharge, par prise de conscience plus tardive d’une incapacité à traiter tel sujet intimé.  Quand la commande vient de moi-même, comme dans le cas présent, je me sens plus libre d’en accommoder le traitement aux ressources du moment.  L’écoulement de l’écriture ressemble alors à l’eau qui s’infiltre là où cède la résistance.  Selon la loi d’un moindre effort.  Ou bien elle s’accumule, jusqu’au prochain déversement d’écriture.  C’est pourquoi j’adopte sans réserve le terme téléversement, déjà proposé par la Grande Rousse.

 

Quant aux deux versants, je sais qu’il m’est relativement facile de commenter, peut-être même trop, et compte me modérer un peu, sauf si je vois qu’on m’interpelle.  Parce que je me dis qu’un commentaire libre peut être reçu comme une intrusion qu’on n’ose pas signaler comme telle, surtout quand il reste sans réplique.  Mais j’ignore encore ce que ça fait de voir mon texte commenté sous divers angles.  On ne commente pas mes textes jusqu’ici, tout en me rendant compte qu’on est parfaitement libre de choisir quand et où s’adresser.  Et je préfère de loin la liberté à la quémande.  Et puis, à moi de varier mes entrées, d’arrêter de tourner en rond.  Bon, ça me suffit comme ça. ;)

 

Parution en page d'accueil.   Cet événement ajoute un mini-cran majeur aux perturbations précitées, parce qu’il est leur finalité naturelle.  Dans la métaphore du plongeon, je  le compare à l’entrée sous la surface de l’eau, ce qui est pour moi une volupté.  Reste à voir, comment sera accueilli le plongeon.  Je dis plongeon et non pas plongeur.  Pour moi, la carte est au terrain ce que le texte est à son auteur, en chair et en os.  Cette distinction explique pourquoi certains carnetiers tiennent à contacter le terrain, quand sa cartographie leur plaît.  Entre humains, cette rencontre suppose au mieux un double et libre consentement.  D’autres, moins curieux, se satisfont des contacts à distance, par le biais d’antennes fureteuses, sans plus. C’est mon cas.  Les deux options méritent à mon avis un égal respect.  Et de fait, tous les écrivains ne se prêtent pas aussi aisément à passer de l’écriture aux paroles en direct ou à l’écran.  On aime ou pas, à la discrétion de chacun.  On peut aimer l’œuvre et pas l’auteur.  Ou l’inverse, l’auteur et pas l’œuvre écrite.  Place aux nuances.

 


Par zero • 2003-07-31 13:13:18
Permalien | carnet, Réflexions



2 Commentaires :

Commentaire écrit le lundi 4 août 2003 à 09:21:57 (lien)
zero
J'ai lu avec grand plaisir ce texte sur les facettes multiples de l'identité. C'est bien dans la veine paradoxale de Zénon, puisque la notion d'identité pointe vers l'unité ou y aspire, malgré le cas intriguant des personnalités multiples. Mais ce tableau des perspectives qu'on peut avoir sur elle est intéressant. Autrement dit, notre identité est mise à rude épreuve, d'où le besoin d'un minimum de sain narcissisme. L'expression sur-moïque m'était inconnue: serait-ce quelque chose comme le moi regardé à la loupe ou au microscope ?



Commentaire écrit le jeudi 31 juillet 2003 à 17:50:08 (lien)
zénon - http://marcheur_immobile.monblogue.com
Bienvenue à bord ! Le texte que j'ai publié apportera surement de l'eau à votre moulin. Content de vous voir là!Sans zero, la science serait quasi impossible!
Zénon


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