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Publié le samedi 30 août 2003

Samedi 30 août 2003
Une horloge cellulaire, moléculaire

Après avoir envisagé un temps psycho-biologique et un temps cosmique dans les billets du 20 et 27 août courant, il s’agit maintenant d’examiner un temps plus proprement cellulaire, programmé à une échelle moléculaire. En 1986, un chercheur a découvert que l’extrémité des chromosomes, appelée télomère, varie en longueur(1).  Ces télomères ont deux propriétés. Ils empêchent les chromosomes de fusionner entre eux(2).  Puis, tels une horloge cellulaire, ils règlent par leur longueur la durée de vie des cellules.  À chaque division cellulaire, ils sont rongés jusqu’à ce que la cellule ralentisse sa division, cesse de se diviser, vieillisse et meure.  La démonstration claire de cette curieuse propriété fut établie en 1998.(3)

 

En 1994, un chercheur ontarien a découvert une enzyme appelée télomérase, qui s’avère capable de redonner aux télomères leur longueur initiale et de donner ainsi à la lignée cellulaire une certaine immortalité par conservation des caractères juvéniles des cellules engendrées d’une division à l’autre.  C’est déjà le cas des cellules germinales qui, naturellement pourvues de cette enzyme, ne vieillissent pas, ce qui les rend d’ailleurs aptes à transmettre la vie d’une génération à l’autre, en repartant chaque fois au temps cellulaire zéro, pour ainsi dire; ce qui ne signifie pas faire table rase de l’hérédité transmise.(4)

 

L’expression forcée de télomérase dans une cellule somatique la rend aussi immortelle en redonnant aux télomères leur longueur initiale(5).  Mais ce faisant, cette enzyme accroît les chances qu’une cellule somatique devienne cancéreuse.  Et de fait les cellules cancéreuses sont également pourvues de cette enzyme qui leur donne un air d’immortalité, autant in vivo qu’in vitro.  Le cancer n’est pas dû à la présence de l’enzyme, mais il peut provenir d’une mutation de gènes suppresseurs du cancer(6), mutation qui induirait entre autres et malicieusement, l’expression de la télomérase.

 

Les manipulations in vitro montrent donc que rajeunir les cellules somatiques en les forçant à synthétiser la télomérase les expose davantage au cancer(7).  C’est là un dilemme quasi faustien.  Mais ces connaissances acquises peuvent s’avérer un jour d’un certain intérêt.   Resterait par exemple à découvrir quels mécanismes inhibent la télomérase dans les cellules somatiques, et quels mécanismes activent cette même enzyme dans les cellules cancéreuses. 

 

Quand ces mécanismes seraient connus, il s’agirait de déterminer s’ils sont contrôlables sur des cellules somatiques in vivo, soit pour rajeunir un tissu donné, soit pour inhiber le développement d’une tumeur cancéreuse.  Le plus difficile serait peut-être d’équilibrer l’intervention combinée d’inhibition et d’activation de la télomérase, en fonction d’effets désirés.

 

Si les mécanismes qui contrôlent la production d’une enzyme sont géniques, la télomérase n’échappe pas à cette règle et on pourrait enfin comprendre ce qui différencie à la base le destin des deux lignées cellulaires, germinale et somatique, sans parler des deux types de division cellulaire correspondants, méiose et mitose.  En somme la nature ne parle pas tout à fait le même langage que nous, mais elle a développé un langage particulier qu’il s’agit d’apprendre à décoder afin de pouvoir l’interroger à son niveau, du moins si nous voulons qu’elle nous dévoile quelques uns de ses secrets les plus intimes. 

 

Après quoi(8), il revient à notre entière responsabilité de décider comment utiliser semblable connaissance, ou de discuter des prises de décisions souvent faites sans consultation et sans égard aux conséquences possibles, par manipulation et exploitation aveugle, savante ou éhontée de l’opinion publique.  Il n’est certes pas simple d’abord d’en prendre conscience concrètement, avec un minimum de lucidité, ni d’en discuter.  Il est peut-être encore moins facile d’influencer le cours des événements déjà enclenchés.  Compte tenu du fait que le passé d’une civilisation avancée est déjà lourd d’une certaine inertie que seules des références à l’histoire établie – quand on ne doit pas faire appel à son incessante reconstruction – peuvent nous aider à évaluer tant bien que mal.

 

(1) Howard Cooke.

(2) On ne dit pas ici comment.  Par une sorte de verrouillage moléculaire, de chapeautage terminal ?  Peu m’importe pour le moment.

(3) Les télomères sont formés d’une séquence de 5 bases azotées ou nucléotides, répétée  sur une longueur de quelques milliers, et chaque division cellulaire ronge une centaine de ces nucléotides.

(4) On parle d’horloge cellulaire programmée.  Je compare le télomère à un clepsydre dont la télomérase refait le plein d’eau.  Ou encore à un compteur à rebours, tel une mèche consumée, que chaque division entame d’une unité de temps.  À mon avis, la programmation vient de deux données.  Du contrôle génique de la télomérase.  D’une régulation quelconque de la longueur des unités du temps télomérique.

(5) Ce qui fut démontré en 1998 par Andrea Bodnar.

(6) Gènes p53 et Rb.

(7) On ne dit pas si les cellules germinales sont exposées ou non au même sort, ni pourquoi.

(8) Paragraphe additionnel d’élucubration erratiques quelque peu déchaînées, qui présume d'hypothétiques impacts sociaux découlant des découvertes passées et futures d'un temps cellulaire programmé. :-)

 


Par zero • 2003-08-30 11:27:39
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