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Publié le mardi 2 septembre 2003

Mardi 2 septembre 2003
La vie a-t-elle un sens ?

 

Poser la question en ces termes généraux a-t-il un sens pour moi ?  Normalement, chacun commence d’abord par y penser pour soi-même.  Sur ce terrain, peut-être que la réponse la plus radicale se trouve dans l’horizon du suicide.  Cette extrémité existentielle peut toutefois relever d’une pathologie passagère ou récurrente, dont il s’agit de comprendre la signification afin d’y remédier localement, du moins quand elle ne s’étend pas à un contexte social ou même historique qui soulève alors des remises en question beaucoup plus générales.

 

C’est ainsi qu’Albert Camus l’a élevée au titre d’une question philosophique pour lui primordiale, sans doute dans le contexte de sa vision d’un monde jugé inadéquat à la satisfaction des besoins humains et qui à mon avis surgit davantage dans son cas d’une mauvaise résolution des conflits humains que d’une relation aberrante de l’humanité face au cosmos.  Par exemple, l’impact des guerres de son temps laisse une trace dramatique dans Le Malentendu.  Acculé par ce désespoir, la thématique du suicide a nourri ses réflexions sur le sens des relations humaines dans l’histoire.  Reste que ce passionné de la question du suicide ne s’est pas suicidé et qu’il fut constamment occupé à s’inventer une place dans le monde.  Certes, l’originalité de sa réflexion sur l’histoire, telle qu’inscrite dans L’homme révolté, fut mal reçue par ses contemporains français.  Mais cela tient probablement à l’air du temps, alors que l’influente personnalité de Sartre prédominait sur la scène littéraire.

 

Tandis que Camus avait la pensée intuitive ou imagée d’un créateur nourri de mythes anciens servis à la moderne, Sartre a davantage cherché à situer son existentialisme dans le contexte d’une lignée de philosophes et de penseurs, tels que Descartes, Husserl, Hegel, Marx, Nietzsche et Kierkegaard.  Il y a déjà là amplement matière à faire valoir au moins des divergences d’opinions marquées entre les deux écrivains préalablement amis, soudainement séparés avant tout par leurs langages et leurs vues idéologiques.  En dépit de ce bris d’amitié, on les regroupe encore aujourd’hui parmi les écrivains qui estiment que, sans égard aux raisons invoquées, la vie est insensée.  Je ne partage pas cet avis, gardant vague souvenir d’une interview où Sartre refusait de partager avec Camus un sentiment commun d’absurdité, protestant qu’il développe dans ses livres un sens du rationnel étranger à la pensée de l’adversaire.  Et si mon souvenir est fondé, je retiens l’idée que ces présumés champions de l’absurde cherchaient tous deux à donner un sens à leur vie personnelle, tout investi dans leur intense travail d’écriture.

 

J’en conclu que la recherche d’un sens à donner à sa vie personnelle a pour moi plus d’intérêt en soi que sa résolution dans quelque résultat définitif ou absolu.  Elle relève donc à mon avis davantage d’un processus de recherche perpétué ou inachevable que d’une réponse finale.  Voilà du moins ce que je retiens d’un petit tour superficiel de la question récemment fait sur Internet.

 

Dans une enquête menée auprès de 195 personnalités, quatre psychologues recensent six options groupées suivant des pourcentages croissants : la vie est une plaisanterie (moins de 8%); elle est une lutte (8%); elle n’a pas de sens (11%); elle est un mystère (13%); un service aux autres (entre 13 et 17%); enfin l’option hédoniste est la plus populaire : on en profite au max. ( 17%).  Bien que le quart des réponses est évacué de cet aperçu, il prête à une certaine analyse.  Si je rapproche plaisanterie, absurdité puis hédonisme, j’obtiens un groupe d’environ 34%.  L’appariement des trois autres options : lutte, mystère et altruisme donne au moins 34%.  Reste un 30% d’inclassables, tout bonnement évacués de l’article.

 

Quant à mes préférences devant ces catégories, elles vont vers le mystère, l’hédonisme et la lutte.  D’abord le mystère parce que l’univers, qui bien sûr m’inclus, me paraît profondément mystérieux, quoi qu’on en dise. Ensuite l’hédonisme, parce que je crois qu’une recherche minimale de satisfactions, dont chacun est principalement et idéalement responsable, favorise le bonheur.   Enfin la lutte parce que j’ai besoin de discipline pour me donner l’impression d’accroître mon quota de dépassement moyen. Bref, il me faut lutter pour percer le mystère du monde extérieur et intérieur, sans trop de désagréments.

 

D’autre part je ne me sens pas plus doué pour aider autrui que pour éprouver l’absurdité des choses; ce n’est du moins plus le cas.  Finalement je laisse à d’autres la valorisation de la vie comme plaisanterie, non par dédain car j’estime que le caractère ludique de l’espèce humaine est multiforme et adaptable à toutes les sauces, autant à l’hédonisme qu’à la plaisanterie, mais disons plutôt parce que le rôle d’animateur humoriste échappe hélas complètement à mes cordes. :-) 

 


Par zero • 2003-09-02 13:33:14
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